Au sujet de la Conférence Méditerranéenne Alternative

Actuellement la Méditerrannée joue le rôle de "mur d'acier" entre le Nord, apparement "développé" et dépositaire de l'hégémonie mondiale, et le Sud, exploité par un commerce inégal et spoliateur de ses ressources naturelles. Elle joue le même rôle par rapport à l'est européo-méditerranéen, lui-même marginalisé, quoique pour des raisons différents. Pour justifier ce nouveau mur, on a identifié un apparent "nouvel ennemi" (substitut de l'ancien ennemi communiste): les pays musulmans, l'islam, et concrètement, l'islamisme politique. Cette criminalisation des "potentiels nouveaux ennemis" cache l'échec du modèle de développement et de relations internationales proposé par le bloc hégémonique incapable de préserver les ressources naturelles limitées et de mener une distribution juste des richesses. Cela cache aussi le caractère des véritables intentions des puissances colonniales traditionelles, dont les intérêts économiques, politiques et militaires s'affrontent au niveau mondial et concrètement dans l'aire méditerranéenne.

Le résultat de cette situation est une Méditerranée qui devient un espace de confrontation mondiale entre les intérêts des grandes puissances et entre celles-ci et les intérêts des différents peuples de la zone, qui essaient de vivre avec dignité. Il est vrai que la Méditerranée n'est pas une zone géographique sans tensions et conflits, mais l'analyse doit tenir en compte d'autres problèmes dérivés des structures économiques injustes, et de l'incapacité du modèle occidental de résoudre les problèmes sociaux et de préserver des ressources naturelles qui sont déjà en train de montrer leurs limites.

Le discours officiel des pays du nord, véhiculé par les médias, simplifie l'objectif, de la part des pays de la rive sud, de trouver des solutions conformes à leurs racines culturelles et religieuses. Ce discours identifie islamisme, fondamentalisme et terrorisme, engendrant de la sorte la vision d'un ennemi au lieu de proposer le dialogue nécessaire dans l'égalité, face à la diversité des réponses culturelles. En même temps, cela montre une grande contradiction, puisque les puissances européennes n'hésitent pas à s'allier avec les potentiels et apparents ennemis pour déplacer leurs concurrents, comme c'est le cas de l'Arabie Saoudite, de caractère fondamentaliste et terroriste. De la même manière, on considère un danger l'accroissement des jeunes à la rive sud, face au vieillissement du nord, alors qu'il pourrait représenter, dans un autre contexte, un potentiel évident pour le développement et le changement.

Les femmes, la moitié de la population méditerranéenne, soumisses à la culture patriarcale et à ses structures de domination, souffrent de manière très directe le chômage et les inégalités sociales. Cette situation est plus évidente aux endroits où elles ont plus de difficultés pour faire entendre publiquement leur voix.

La vision dominante à la rive nord utilise les flux migratoires en tant qu'instrument d'alarme. Le travailleur immigré provenant du sud n'est pas consideré comme un citoyen à plein droit, mais comme un outil dans le cadre d'une économie de marché, laquelle, bien que permettant la libre circulation des capitaux et merchandises, mais fait obstacle à celle des personnes. Ainsi, ces personnes, auxquelles d'injustes législations, comme celles créées par les accords de Schengen et la loi espagnole dite "loi des étrangers", les dépossèdent de leurs droits en tant que citoyens et ouvriers, elles se trouvent de ce fait obligées à remplir les inférieures et pires places d'un marché du travail que nôtre modèle de développement veut chaque fois plus segmenté. Pour justifier ces situations de vie et de travail indignes, on invente des peurs à des soit-disant invasions qui nourrissent le racisme et la xénophobie, lesquels, par ailleurs, on prétend combattre.

Face à la célébration de la Conférence Gouvernementale de l'Union Européenne sur la région méditerranéenne, qui touche directement ces questions, nous convoquons la Conférence Méditerranéenne Alternative, pour permettre aux ONGs et mouvements sociaux des pays méditerranéens de formuler leurs propres propositions et priorités et de créer des mécanismes stables de suivi et dynamisation.


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